UN SEMINAIRE POUR LA "LISIERE PEREIRE"
Samedi 23 janvier 2010, Emmanuel Lamy, maire de Saint-Germain-en-Laye, a réuni son équipe municipale afin de se projeter dans l’avenir et dessiner ensemble le futur projet de la "Lisière Péreire".
Trois architectes urbanistes de renom, Alexandre Bouton (architecte lauréat du palmarès des jeunes urbanistes de 2007), Antoine Grumbach (architecte urbaniste retenu par le président de la République pour travailler sur le projet « Grand Paris ») et Loïc Josse (architecte urbaniste du « Groupe d'architecture Ellipse ») ont présenté leur vision de ce site et les différentes possibilités d’aménagements.
Animateur de cette matinée de réflexion, Jean-Yves Chapuis (enseignant à l'Institut Français d'urbanisme et à l'école d'architecture) a souligné d'une part l'initiative de cette réunion de travail impulsée par Maurice Solignac, 1er Maire-Adjoint chargé des Finances et de la Commande Publique et, d'autre part, l'importance de cette première étape qui consiste à échanger des idées sur la culture urbaine.
Les débats, qui ont duré près de 3 heures, ont permis d'ores et déjà de faire avancer ce projet. "Nous avons rarement eu l'occasion d'avoir à Saint-Germain-en- Laye des travaux aussi intéressants", se félicite Emmanuel Lamy. "La question qui me taraude tous les jours étant : Que sera la ville dans 10 ou 20 ans ?. Il est important de trouver le bon horizon."
Alexandre Bouton : "Redonner du ciel aux habitants"
Alexandre Bouton donne le ton d’entrée de jeu : " Un projet urbain est un projet qui se construit sur le long terme et nous sommes là pour accompagner les communes dans l’élaboration de ces réalisations." Il estime que la ville de Saint-Germain-en-Laye est constituée d’éléments de nature très importants, qui ouvrent sur de grands paysages et sur des "morceaux de ciel" : c’est une ville de contrastes qui comprend de grands paysages ouverts, des morceaux intenses de la ville et des quartiers plus résidentiels.
Il explique que le site est totalement inséré dans la forêt, particularité qu’il ne faudra pas perdre de vue. En parallèle, il est bordé par de nombreuses routes (N184, A14, route de Noailles, route des Dames de Mignaux…) qui sont des éléments importants d’une future composition.
"Il y aura donc toute une composition d'urbanisme en réponse avec la forêt que l'on va tirer dans ce morceau de quartier et que l'on va amener aux habitants afin de leur apporter un changement complet d'environnement, poursuit-il. C’est un site stratégique par rapport à l'évolution urbaine de demain : il permet de proposer de nouvelles formes qui répondent à ce que recherchent les gens (intimité, apport public privé, idée d'espaces dont on ne se sert pas toujours, question des espaces de jeux surveillés, parking sécurisés...)".
Alexandre Bouton pose également la question de la densité et estime que les barres d'immeuble de la Sablière ne sont pas si denses que cela mais qu’il s’agit d’un espace non optimisé sans relation avec l'environnement. L’idée est donc d'intensifier la relation logement, travail, loisirs à travers la mise en place d’espaces publics de qualité.
Enfin, le paysage est très important : "nous nous appuyons beaucoup dessus pour proposer de grands espaces ouverts et ensuite nous étudions comment nous pouvons permuter ce morceau de ville par rapport à une densification. Notre objectif est de redonner un morceau de ciel aux habitants : c’est le paysage au service de la ville, il devient un espace public à part entière". Il ne reste alors plus qu’à élaborer plusieurs scénarios pour voir quelles sont les évolutions potentielles du site et comment répartir les densités par rapport au paysage.
Antoine Grumbach : "Réaliser un projet urbain à l’échelle de la ville"
"Je suis un architecte contextuel : je pars toujours de l'analyse du contexte avant de créer. De plus, j’accompagne les travaux sur une très longue durée et j'ai l'habitude de travailler beaucoup dans la concertation avec les élus." C’est en ces termes qu’Antoine Grumbach se définit. Selon lui, il faut réfléchir à très grande échelle dans la mégapole (Paris-Rouen-Le Havre) et garder à l’esprit la dimension portuaire qui est le fondamentale de l'économie. Il n’oublie pas non plus l’arrivée du canal Seine-Nord à Achères par l'Oise qui va être un bouleversement total de l'économie fluviale, maritime, logistique, technique et environnementale.
Il estime qu’il est important de sortir des limites fixées sur le territoire en se posant la question de la réutilisation partielle de la frange de forêt : un grand quartier est ainsi créé en établissant une relation entre la ville et la forêt. Mais il élargit le débat en estimant qu’il faut réaliser un projet urbain à l'échelle de l'ensemble de la ville, un grand projet d'aménagement sur l’ensemble du territoire.
Antoine Grumbach analyse ensuite le terrain en mettant en lumière son rapport à la forêt, l’ensemble de la voirie qui constitue un point d’entrée fondamental, sans oublier la proximité des trains et des bâtiments de la Sablière. Selon lui, il est important de définir des fonctions à ce quartier : "Est-ce une gare, un lieu d’habitation, un espace sans voiture… ? C’est là que le débat est intéressant".
Il poursuit avec une analyse de Saint-Germain-en-Laye et notamment de ces espaces verts : lorsque l’on regarde les rues de la ville, seul le végétal privé est présent. Selon lui, la rue n’a pas d’existence en soi : "Il serait donc judicieux de réaliser un végétal public qui saura faire la transition avec le végétal privé. Elaborer les rues comme la matrice, le squelette de la ville, c'est mon travail. Je mets en place une échelle sur la structure de l'espace public avec les services de la vie quotidienne. Aujourd'hui, on ne peut plus aborder la question d'un quartier sans être préoccupé par toutes les questions de l'eau, de l'énergie durable, de la qualité énergétique des bâtiments…"
Selon lui, tout l’enjeu de ce site est de conserver l’articulation réelle avec l'ensemble de la ville que représente la gare, d’articuler le bâti à la nature en passant progressivement de la ville à la nature et de réaliser des bâtiment très denses, très compacts dans un terrain naturel, sans cacher la vue.
Loïc Josse : "Réintégrer la forêt dans le site"
"La première réflexion qui m’est venue à l’esprit lorsque j’ai vu ce site est : pourquoi cette excroissance ? La forêt n'aurait-t-elle pas pu regagner cet espace ?" demande Loïc Josse. Une réflexion qui déclenche les rires dans l’assistance. Il s’explique : "cet espace présente une situation paradoxale en avançant ainsi dans la forêt. Il serait donc possible de faire rentrer des grands éléments de paysage dans la ville. « Cette avancée dans la forêt me fait penser à des docks où l’eau remplacerait la forêt : un rapport à la nature sauvegardé où une variété de type d’habitat pourrait s’intégrer", poursuit-il.
L’une des idées avancées serait alors de doubler la largeur du site en intégrant la forêt (180 mètres sur 100 mètres) et de travailler globalement cette pièce sur toute la largeur en associant la Sablière côtière dans la composition d'ensemble et en l’accrochant à la place de la gare afin de souder cet ensemble à la ville actuelle.
Selon lui, l’intérêt de ce site est la grande lisibilité des choses : les tracés sont simples et il faut préserver cette simplicité. Sur la forme urbaine, il est tout à fait possible d’envisager l’apport d’éléments nouveaux tout en conservant des éléments du quartier existant. En résumé, l’idée serait de travailler dans la linéarité, de se poser la question de l'espace central autour des voies et de réintégrer les bâtiments de la Sablière sans s'attacher à la libération foncière précise mais plutôt à la morphologie d'ensemble du quartier.
Enfin, l’endroit le plus bruyant sera la voie automobile. Loïc Josse propose alors de localiser l'activité de ce côté et ainsi d'avoir une vue sur les flux, sans oublier l’insertion du végétal.
Des intervenants experts
Alexandre Bouton : architecte urbaniste de 36 ans, lauréat du palmarès des jeunes urbanistes de 2007, enseignant à Sciences Po au cycle d’urbanisme de sciences politiques à l’école d’architecture de la ville et des territoires de Marne la Vallée. Il a une entreprise de 10 salariés depuis 2006 (« Urbanact »), spécialiste de l’écologie urbaniste, de la conception et de l’intégration de processus décisionnels et de la programmation dans la conception urbaine. « Urbanact » est donc en lien étroit avec le problème de développement durable.
Jean-Yves Chapuis : enseignant à l’Institut français d’urbanisme et à l’école d’architecture, consultant en stratégie urbaine et élu local à Rennes où il est vice-président de la communauté urbaine en charge du tourisme et du patrimoine. Il a joué le rôle de grand animateur de cette journée.
Antoine Grumbach : enseignant en France et à l'étranger (universités de Harvard, de Princeton…). Il a eu un parcours qui fait que pendant les 10 à 15 années suivant son diplôme, il n’a pas construit : il a enseigné dans le monde entier, a fait des concours et a écrit, souhaitant ainsi faire son apprentissage de compagnon à travers le monde. La spécificité de son travail réside dans le fait qu’il ne sépare jamais trois grands éléments : la réflexion sur la forme de la ville, la question de la qualité de l'architecture au service de l'espace public et le travail sur les espaces publics (rues, places, transports...). Son entreprise (« Antoine Grumbach associés ») compte une équipe de 25 personnes environ. Il est l’un des dix architectes urbanistes retenus par le président de la République pour travailler sur le projet « Grand Paris ».
Loïc Josse : architecte urbaniste qui a une petite structure d'une dizaine de personnes avec 2 associés, « Groupe d'architecture Ellipse ». L’une des caractéristiques qu’il essaye de développer avec son équipe est qu'ils travaillent à différentes échelles : depuis la grande échelle (projet urbain de Rennes) jusqu'à la réalisation architecturale, sans oublier le travail sur des opérations situées à la limite entre l'architecture et l'urbanisme (mélanger des logements, des bureaux, des commerces...).
























