Description

Les Saint-Germanois d’aujourd’hui voient leur territoire comme un contraste entre la ville et la forêt, deux paysages que tout oppose :
l’un est urbain et dense, l’autre est naturel et à peine touché par l’homme. Pourtant, il y a un siècle encore, les habitants avaient une perception tout autre de Saint-Germain-en-Laye : quartiers habités, forêt domaniale et surtout un vaste espace agricole. Vallonné et ouvert, ce paysage se déployait sur les côteaux du ru de Buzot et se poursuivait vers Fourqueux, Chambourcy, Montaigu (aujourd’hui absorbé par Chambourcy) ou Mareil-Marly.

Parcouru de haies et de murets délimitant les parcelles, planté de cultures ou de vergers, parsemé de quelques rares fermes et villas, ce décor bucolique off rait un cadre de verdure à la vieille ville et un sentiment d’habiter à la campagne aux Saint-Germanois.

Les artistes de l’« école de Saint-Germain-en-Laye » de l’entredeux-guerres appréciaient tout particulièrement ce paysage multicolore et graphique. Peintres de sensibilité diff érente, ils se sont installés dans la ville séduits notamment par la diversité et la beauté de ses abords agricoles. Maurice Denis, Paul Vera, Jean Souverbie, Henri Marret, Lucie Tullat, Albert Martine, André Derain et Jean Joveneau y trouvent un jeu de volumes et de tons qu’ils transcrivent et transforment chacun à sa manière.

Joveneau s’établit à Saint-Germain-en-Laye vers le milieu des années 1920. Peintre confi rmé, membre de la société des Artistes français, lauréat de plusieurs prix, il est exposé par la galerie Bernheim Jeune, lieu majeur de l’art moderne, qui lui offre une exposition personnelle en 1923. C’est probablement chez Bernheim Jeune que Joveneau fait connaissance de la Saint-Germanoise Lucie Tullat qui fait partie des peintres de la galerie. Les deux artistes se découvrent un style proche et un goût pour la nature morte
et le paysage. Et lorsque, lasse de la vie parisienne, Lucie Tullat retourne dans sa ville natale, Joveneau la suit. 

Saint-Germain-en-Laye lui off re un cadre idéal pour créer et les coteaux agricoles deviennent un sujet récurrent de ses toiles. Il aime l’espace, le jeu d’ombres et de lumières, les teintes ocrées et brunes des terrains cultivés, les méandres des clôtures, les silhouettes des arbres qui se détachent sur le ciel laiteux.

Les plans d’urbanisme des années 1930 préconisent déjà le lotissement des coteaux. À partir des années 1960, les espaces agricoles disparaissent petit à petit au profi t de résidences et de pavillons individuels. Restent les paysages des peintres saint-germanois et les rues qui conservent le tracé parfois illogique des chemins ruraux et le nom des anciennes parcelles : Chenets, Triboulet (de « tribouiller » – remuer la terre), Graviers, Panloups, Justice,Toreau, Haut Chapelet ou encore Glaises.

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